Mercredi 17 août 2011 3 17 /08 /Août /2011 20:13

Victor est mort dans la nuit précédant notre départ du Liban.

Son état de santé s’est dégradé tellement rapidement durant les dernières semaines.

Il est parti discrètement, avec délicatesse.

 

Victor, c’était la générosité et la discrétion.

 

En moins d’une année, il nous a fait visiter le superbe site de Baalbek, les grottes de Jeita, Tyr et Qana en fleurs. Il nous a beaucoup gâtées, par ces visites et par les multiples douceurs libanaises achetées en route. C’était toujours des moments paisibles, comme avec un grand-père, disponible et heureux de nous faire plaisir. C’est aussi lui qui, avec Charbel, m’a offert le téléphone portable arabe que j’ai fièrement rapporté en France.

 

Cette dernière année et cette rencontre avec « les Françaises » ont été pour lui un moment agréable, dans une vie loin d’être toujours rose. De vrais sourires en témoignent sur les photos de nos escapades.

 

C’est étrange et déstabilisant de finir ainsi cette année et d’être restée une journée de plus au Liban pour vivre ce triste événement.

 

Je suis partie, ce 3 août, avec plein de sentiments et d’images contradictoires en tête : le départ précipité de Victor, toutes les balades faites avec lui, le bouleversement de Chahira et tout ce qu’elle m’a confié chez Victor le matin-même, le dernier thé partagé avec Ali dans la cuisine de Chir Bay, les difficultés de cette année, la joie de revoir famille et amis en France, les interrogations sur le retour et sur l’année prochaine, la tristesse de laisser les amis avec qui je ne vais plus partager le quotidien, les bons souvenirs libanais, les rigolades avec Makeda, l’espoir de revenir en avril prochain, l’excitation de prendre l’avion et de survoler la baie de Jieh pour un dernier aperçu…

 

Une fois en France, j’ai eu l’impression que la mort de Victor n’était qu’un mauvais rêve. « Pense qu’il est toujours vivant » me dit Chahira au téléphone quelques jours après l’enterrement. Il paraît que l’église était pleine de monde et pleine de fleurs « comme pour un mariage », pour rendre hommage à ce « roi de Jieh ».


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Par Amélie
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Mardi 2 août 2011 2 02 /08 /Août /2011 22:22

 

Pour poursuivre jusqu’au bout cette année exceptionnelle à tout point de vue, on a reçu hier soir – veille du départ – un coup de fil du Père Samir pour nous informer que le vol était annulé.

Départ reporté de 24 heures : un petit rab libanais !!

 

Rageant au début, quand toute la valise est bouclée et que j’essaie depuis plusieurs jours de me mettre en tête que le 2 août je dors en France. Et puis, finalement, c’est pas désagréable : le stress du départ retombe, j’ai le temps de faire tranquillement tout ce que je pensais faire rapidement.

 

Du temps pour 2 dernières visites à des amis, du temps pour profiter d’internet qui vient de revenir après plus de 15 jours d’arrêt et de mettre en ligne quelques articles du blog qui patientaient, du temps pour un petit ménage, du temps pour échanger à nouveau avec Myriam, l’enseignante française qui participe à la session estivale d’école, du temps pour faire le point sur cette année « exceptionnelle » avec le Père Samir…

Le Père Hassib était content que le Seigneur ait arrangé les choses pour qu’il puisse tenir sa promesse (de nous accompagner à l’aéroport demain, alors qu’un contretemps l’en empêchait aujourd’hui). Makeda a dit « Thank you God ! » parce que le Père Samir m’a laissé son ordinateur ce matin pour que je puisse graver les CD de photos et de musique que je lui avais promis.

 

Du temps pour profiter une dernière fois de la douceur de l’air de Jieh, juste après le coucher du soleil, quand l’appel à la prière retentit depuis la mosquée et que la nuit tombe vite. Une rue principale bien calme ce soir, les musulmans sont chez eux, pour rompre le jeûne ; c’est le 2e jour du mois de ramadan.

 

Comme le chante Fayrouz, que j’écoute en boucle depuis quelques jours : « Bhebak ya Lebnen ! » (Je t’aime Ô Liban)

 

Ce que je pensais être mon dernier coucher de soleil,

vu depuis Chir Bay, en très bonne compagnie

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Par Amélie
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Jeudi 21 juillet 2011 4 21 /07 /Juil /2011 08:37

Chaque jour depuis que l’école est finie et surtout depuis qu’on est en juillet, je mesure le temps qui me sépare du départ.

Je pense à des vacances libanaises l’année prochaine pour m’aider à accepter le départ !

 

Comme me l’a dit Stéphanie, il y a une sorte de deuil dans le fait de quitter ceux qu’on a côtoyés pendant un an. Et puis ce statut d’étrangère a beau être parfois très énervant et frustrant - quand je ne comprends toujours pas ce que disent les gens autour de moi – c’est aussi un statut confortable : protégée et remarquée. Etre étrangère c’est exotique aux yeux de la population locale et on attire davantage les regards, les gentilles remarques, les « Ahlan wa sahlan » et les « Welcome », ou les rires et félicitations dès que je dis un mot en arabe.

Sans y faire attention au début, je me suis habituée à être regardée et ce n’est pas si désagréable que ça. Il va falloir tout doucement me réhabituer à revenir dans la masse, une Française au milieu des Français : rien d’extraordinaire.

 

Pendant ces derniers temps libanais, je n’arrive pas à me projeter en France ; heureusement que les amis s’occupent d’organiser les vacances, merci Elo !

 

Je ne regrette pas ma décision de rentrer en France mais, tout en étant heureuse de retrouver famille et amis, je ne veux pas quitter mon quotidien libanais. Et pourtant je ne suis restée qu’un an ; qu’est-ce que ça doit être pour les DCC qui renouvellent le contrat pour une 3ème année voire plus !

 

Quelques prénoms qui ont fait partie de mon quotidien ici…

 

Du côté de Chir Bay : Chahira bien sûr et ses frères Moufid, Charbel, Joseph et leurs familles – nos chauffeurs préférés : Victor, Charbel d’Australie – Rosette et ses maamouls – Ali et Mhammad, les assistants dévoués de Chahira et les plus gentils des ouvriers.

 

Au couvent : Abouna Georges, Abouna Samir, Abouna Hassib, Abouna Hanna, Abouna Youssef, Abouna Francis, Abouna Jacques – en coulisse : Makeda, Marlène, Liliane, Lodie, Joseph, Abou Toni, Leila, Laure, Nazira, Magida.

 

A l’école : Eliane bien sûr, Rita, Maroun, Elie, Souad, Rémi, Rana, Mayada, Magda, Naji, Hoda, Rita, Thérèse, Afifé, Simone, Isabelle, Arzé, M. Chikhani, mes 360 élèves.

 

Vers Nabi Younes : mes cousins Hiba, Roro, Ehsan et ses enfants, Rama et ses petits frères, Mhammad, « Eminem », Nancy et sa famille – Fatmé et ses enfants – Salim – Fatmé la belle mariée – Fatmé et ses 3 frères – et tous ceux dont je n’ai pas retenu les prénoms…

 

Mes voisins proches de l’école : Charbel, Claire – Amina, Aïssam & leurs enfants, Souad – Saad, Sahar, Batoul et Nizar – Soher, Djinane, le bébé Nada qui a grandi, et tous les petits garçons qui s’amusent beaucoup à me saluer sur le bord de la route – Ibrahim.

 

Les employés des supérettes El-Hajj et Abou Chawki.

 

Les chauffeurs et contrôleurs des bus LTC, entre Beyrouth et Saïda.

 

Sur Beyrouth : Etienne Kupélian et sa musique, Mahmoud et son taxi.

 

Au CCF de Saïda : Olivier Lange et Stéphanie.

 

En Jordanie et à Beyrouth : Paul.

 

Et bien sûr le « peuple français », DCC et assimilés : Mathilde, Rita, May, Stéphanie, Blandine, Leila.

 

 

C’est un nouveau départ, comme en septembre dernier. Mais au lieu de me demander ce que je vais trouver de l’autre côté de la Méditerranée, je pars vers le « connu ». Comment le rendre nouveau pour éviter de retrouver ma routine française ?

 

Baddi echta’ 3a Lebnèn ! (Le Liban va me manquer)

Par Amélie
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Lundi 18 juillet 2011 1 18 /07 /Juil /2011 08:36

« Dans deux semaines. »

Le temps restant se réduit très vite, comme me le fait remarquer à chaque fois Ali, cuisinier à Chir Bay, la plage de Chahira.

Quelques nouvelles libanaises.

 

 

Du côté du langage

 

Nouvel aperçu du français au Liban.

 

De même qu’ici le maire n’a rien à voir avec la municipalité, ne confondez pas la besklet (bicyclette) et le vélo (la mobylette) !

 

Les pâtes au pays du Cèdre sont toujours des spaghettis, mais qu’on appelle « macaronis ». Et quand on vous demande si vous voulez des nouilles, on parle encore une fois de ces macaronis (spaghettis) mais cuisinés, ce qui serait plutôt appelé, en France, un gratin de pâtes.

 

Je continue à sourire en entendant « A vous ! », la réponse de la plupart des francophones à « merci ».

 

C’est amusant aussi d’entendre les parents s’adresser à leurs petits enfants. Ils ne les appellent que rarement par leur prénom ; généralement le papa va dire à son fils ou à sa fille « Viens ici, ya baba ! » (Ô papa), tandis que la maman dira indifféremment à son fils ou à sa fille « Viens te laver les mains, ya mama ! ». De même, la tante ou la grand-mère appelleront l’enfant « ya amto » ou bien « ya teta ».

C’est pour les habituer à s’adresser aux adultes qui les entourent !

 

Les Libanais ont encore une invention marrante, probablement étendue au monde arabe, pour les messages sms ou internet.

La plupart de ces messages, par simplicité, sont écrits en lettres latines, mais en utilisant le vocabulaire et les structures arabes, ce qui en donne une transcription phonétique (c’est, en gros, la même chose que j’utilise quand je note des prononciations de mots nouveaux)

Seul problème : comment transcrire les sons propres à la langue arabe, sans équivalent graphique en lettres européennes ? En les remplaçant par des chiffres !

Il faut juste un peu de pratique, mais c’est finalement très utile et ça a un certain style : « Hi kifik ? Kif sa7tek ? Baddek trou7e la 3endi ? Fi mlu5ie. »

 

Ceux-là ne parlent pas mais sont mes chouchous aux yeux bleusDSC03966.JPG

 

 

Du côté de la vie quotidienne

 

Ces temps-ci, c’est à nouveau (comme en septembre) un florilège de feux d’artifices, de pétards, voire de coups de fusil : pour fêter le bac, les résultats des examens, pour les mariages.

Chaque soir, ça pète de partout, préférentiellement au moment de s’endormir… « et paf ! » un gros coup isolé ! Il paraît que les petits malins s’amusent à les faire exploser dans des bouteilles pour augmenter les décibels.

 

Hier, j’ai appris que Fatmé avait accouché de sa petite Zeinab et je suis allée admirer la merveille. J’ai appris que la bague en or placée dans son berceau, ainsi que la tête d’ail et les draps jaunes sont des remèdes contre la jaunisse du nourrisson. Comme m’a dit Fatmé, si ça ne marche pas, au moins ça ne fait pas de mal !

Selon la tradition, on m’a offert du meghli (ou me8li) pour fêter la naissance, délicieuse crème de riz saupoudrée de noix de coc et de fruits secs. Fatmé et son mari ont été surpris de savoir que les chrétiens l’offrent aussi le jour de Noël, pour fêter la naissance… de Jésus. Quelques heures plus tard, c’est une amie chrétienne qui s’est étonnée que les musulmans aient cette même tradition pour les naissances.

 Comme quoi, chrétiens et musulmans ont beau vivre côte à côte…

 

Beaucoup moins émouvante la rencontre qui a suivi.

J’étais en train de papoter avec Charbel, notre voisin francophile, qui a longtemps travaillé à l’Ambassade et me donne toujours des informations intéressantes sur le pays, les habitants, les habitudes… Vu l’emplacement de la maison familiale, sur la rue très fréquentée qui monte de la route principale à l’église, nos conversations sont toujours entrecoupées de « Ahlan » (Bienvenue, en réponse aux salutations des passants) et de l’invitation libanaise « Tfaddalo » (Je vous en prie).

Arrive une voiture avec deux jeunes dont l’un interpelle Charbel : cinq minutes d’échange en arabe. C’est un jeune du village qui avait du mal à aligner trois mots tellement ses lèvres tremblaient et qui tenait des propos incohérents en parlant de sa fille (qu’il n’a pas). Méchamment drogué. Le gouvernement libanais a beau avoir pris des mesures, ça reste un gros problème ici.

Par Amélie
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Lundi 11 juillet 2011 1 11 /07 /Juil /2011 08:34

La 1e fois, je l’ai croisé dans la cuisine de Saint-Charbel (lapsus, en relisant mon brouillon, je vois que j’ai écrit « Fénelon » :) où il apportait des sacs de pain avec un grand sourire : « Bonjour, je suis le maire de Jieh ! » Bonhomme jovial, la soixante, des yeux bleus très clairs, assez rares dans ce pays.

Comme j’avais justement repéré quelques jours plus tôt le bâtiment de la municipalité, je m’étais promis de passer le voir pour savoir quelles activités étaient proposées sur le village.

 

Finalement, je n’ai jamais pris le temps de franchir la porte et de toute façon je ne l’y aurais pas trouvé ! Au Liban, ce n’est pas le maire qui travaille à la municipalité mais le président de la municipalité avec ses adjoints. Ils s’occupent de la commune, des espaces verts, de la voire, des terrains… Alors que les maires – car ils sont deux à Jieh pour 5 000 habitants – gèrent l’état civil et établissent les papiers pour les demandes de passeport par exemple.

Certes, au début ce n’est pas simple à comprendre, surtout qu’Ibrahim distribue aussi les sacs de pain sortis de chez le boulanger.

 

On le croise régulièrement dans sa camionnette blanche, sillonnant les routes du village. Il est toujours le premier à nous repérer de loin, à  klaxonner « Kifik habibe ? » (Comment ça va, ma chérie ?) et à nous faire la bise, sans complexe pour un musulman. Comme pour des petits enfants, il a toujours une surprise pour nous : une fois c’est un donut au chocolat, une fois un petit pain aux dattes, une fois à la noix de coco…

 

Il parle plutôt bien français, appris du temps où la langue française était plus enseignée que l’anglais… et a toujours un petit mot gentil et les yeux qui pétillent : on a l’impression d’être le rayon de soleil de sa journée, en tout cas c’est réciproque !

 

Il y a deux semaines, je m’apprêtais à découvrir la plage privée chic de Jieh – 20 $ l’entrée, une fois n’est pas coutume – avec des amis. Une fois devant la caisse pour les billets, une camionnette blanche arrive : Ibrahim fait sa tournée. Il saute aussitôt de son véhicule et s’approche pour préciser qu’il ne faut pas me faire payer « free, free » ! Adorable.

 

Aperçu d’une plage chic sur la côte libanaiseDSC03974.JPG

 

Par Amélie
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